
Lorsque les imprimeries juives locales commencèrent à fonctionner, on imprima sur place des oeuvres traitant pour la plupart avec maîtrise et érudition, de commentaires talmudiques et de casuistique. De savants rabbins, tels Itszhak Lumbroso (mort en 1752), Messaoud El Fassi (mort en 1774) et Uziel el-Haïk (mort en 1810) ont attaché leur nom à des oeuvres qui furent imprimées à Livourne bien après leur mort.
En 1768 sera imprimé à Tunis le premier livre hébraïque, Zera Itshak du rabbin Itshak Lumbroso.
Au XIXe siècle Ahmed Bey (1837-1855) inaugure une politique de réformes, accordant en 1846 aux juifs de Toscane établis en Tunisie, le droit de conserver la qualité de Toscans sans limitation de temps.
Cette disposition encourage nombre de juifs de Livourne à venir s´installer en Tunisie où ils constituent, à la différence des Livournais arrivés au XVIIe siècle, une minorité étrangère placée sous la protection du consul de Toscane.
Le 10 septembre 1857, Mohamed Bey proclame le Pacte Fondamental, une déclaration de principes accordant de larges garanties à tous : nationaux et étrangers, qu´ils soient musulmans, juifs ou chrétiens.
Son successeur, Mohamed es-Sadok Bey y ajoute une constitution en date du 26 avril 1861 qui fit du pays une manière de monarchie
parlementaire.
Ces textes novateurs mettent fin à toutes les mesures discriminatoires officielles dont les juifs pâtirent dans le passé, en leur reconnaissant les mêmes droits et les mêmes devoirs qu´aux musulmans.
En 1869 une Commission financière internationale assure le contrôle des finances très obérées du pays qui devient le théâtre de la lutte d´influence de la France, de l´Angleterre et de l´Italie.
Un certain nombre de juifs tunisiens qui entretenaient des relations commerciales avec les puissances européennes obtinrent leur protection.
L´école ouverte à Tunis par l´Alliance israélite universelle en 1878 permit aux familles juives de toutes les classes sociales d´y envoyer leurs enfants. Tout en faisant une place à l´histoire juive et à l´enseignement de l´hébreu, celle-ci dispensait les programmes des écoles françaises.
Dès lors s´amorça une évolution de la population juive qui devait s´amplifier sous le Protectorat français institué le 12 mai 1881 par le traité du Bardo.
Sous le protectorat français à la première école de l´Alliance israélite se rajoutèrent de nouvelles à Tunis, Sousse et Sfax.
La jeunesse juive fut aussi de plus en plus nombreuse à fréquenter les écoles publiques ouvertes dans les villes de Tunisie.
Les familles juives aisées abandonnèrent la hara pour s´installer dans les nouveaux quartiers dits « européens ».
Des imprimeries juives furent créées qui permirent l´impression (aussi en judéo-arabe) de livres de prière et de traités talmudiques composés par des rabbins tunisiens.Une littérature populaire en judéo-arabe (rédigée en caractères hébraïques) se développa jusqu'en 1960.
La communauté de Tunis est réorganisée par un décret du 13 mars 1947.
Des oeuvres sociales telles l´OSE, le JOINT et de nombreux autres organismes locaux permettent de combattre la pauvreté d'une partie importante de cette communauté.
Habib Bourguiba, dès l'indépendance en 1956, s´attache à intégrer les juifs dans la nation tunisienne.
Le premier gouvernement tunisien compte un ministre juif.
Onze magistrats juifs sont nommés qui occupent, pour la première fois, de hautes fonctions judiciaires.
Malheureusement la guerre au Moyen Orient provoque en 1967 la mise à sac de boutiques juives et l´incendie de la grande synagogue de Tunis, faits graves très mal vécus par la communauté juive.
Et puis en 1971 l´assassinat d´un rabbin en plein coeur de la capitale provoque un véritable exode.
Quelques grandes dates récentes du judaïsme tunisien :
- 1857, domination de la France sur le Bey et la Tunisie.
pacte fondamental qui établit l'égalité de tous les
Tunisiens devant la loi.
- 1861 mise en vigueur d'une Constitution.
- 1878, première école de l'Alliance israélite universelle à Tunis.
- 1881, le 12 mai, traité du Bardo qui institue le protectorat de la
République française sur la Tunisie.
- 1921, création du Comité de la Communauté à Tunis.
- 1942: le 8 novembre, les Allemands occupent la Tunisie.
- 1942, arrestation des juifs pour le travail forcé, l'internement et la
déportation.
- 1943, 7 mai au soir, les alliés libèrent Tunis.
- 1949, 20 novembre, Les enfants d'Oslo - 27 enfants allant à Oslo en
sanatorium périssent dans une catastrophe aérienne.
- 1955, dernières élections au Comité de la Communauté à Tunis.
- 1956, 20 mars, Indépendance de la Tunisie.
- 1957, 27 septembre, dissolution du Tribunal rabbinique.
- 1958, 11 juillet, dissolution du Comité de la communauté à Tunis.
- 1967, 5 juin, Emeutes à Tunis à l'occasion de la Guerre des six jours
et incendie de la Grande Synagogue.
- 1971, mort du rabbin Matslia'h MAZOUZ (1912-1971). Originaire de
Djerba. Rabbin et juge au Tribunal rabbinique de Tunis puis au tribunal
civil de Tunis, il fonda une yéchivah. Assassiné à la sortie de la
synagogue par un fanatique.
Mahrez Ibn Khalef arrive dans une cité livrée à l’incertitude et aux angoisses d’une période de fin de règne des Fatimides chiites et de grands troubles.
Il
est accueilli comme un gage de stabilité et de prospérité retrouvées.
Il commencera son engagement «militant» en participant à la construction de remparts autour de Tunis et développera dans cette ville des activités sociales, religieuses et surtout politiques pour combattre l’«hérésie» chiite.
Par ailleurs, il pourvoit la cité en nouveaux souks, qui sont affranchis de tout impôt non coranique, et encourage l'artisanat.Et, sans relâche, il poursuivra sa quête de vérité dans des retraites (Khélouas) disséminées en ville, à Bab Jédid, à El Morkadh, à Ettaoufik, à la rue des Andalous ou à la Grande Mosquée.
Sous sa conduite, Tunis retrouvera paix, cohésion entre les communautés et prospérité.
Il prend les juifs sous sa protection:la tradition veut qu'il leur ait assigné un quartier spécial — la Hara — à proximité de sa demeure, ce qui lui confère une inviolabilité que nul n'aurait osé transgresser, alors qu'ils étaient auparavant exclus de la cité dès la fermeture des portes et contraints d'aller passer la nuit dans les environs de Mellassine.
En signe de reconnaissance, les habitants de la ville lui ont décerné le titre de Soltane el Médina, autorité juridique et morale suprême qui s’est exercée jusqu’à sa mort à l’âge de 73 ans, en 1022, et ils feront de lui, après sa mort, le saint patron de Tunis.
Le mausolée érigé à l'emplacement de sa maison reste sanctifié par la population. Il est surmonté d'une construction monumentale à la fin du XVIIIe siècle mais c'est sous le règne de Sadok Bey que le monument acquiert sa physionomie actuelle.
KAIROUAN, centre juif important du IX au XIe siècle.
Kairouan, ville fondée en 670 et devenue capitale des Aghlabides, voit immédiatement s'installer ce qui était sans doute la plus importante communauté du territoire, attirant des migrants de l'Espagne omeyyade, de l'Italie ou de l'empire abbasside.
Au plan organisationnel, chaque communauté est placée sous l'autorité d'un conseil de notables dirigé par un chef (nagid), dont celui de Kairouan avait sans doute l'ascendant sur ceux des communautés de plus petite taille, et dispose par le biais des fidèles des ressources nécessaires à la bonne marche des diverses institutions : culte, écoles, tribunal dirigé par le rabbin-juge (dayyan), etc...
Les Juifs font de Kairouan, qui connaît une vive activité intellectuelle en matière d'études religieuses entre les IXe et XIe siècles, le centre juif le plus prospère d'Afrique du Nord sur les plans économiques et culturels Correspondants avec les communautés du pourtour méditerranéen, ils entretiennent des rapports privilégiés avec les académies talmudiques en Babylonie auxquelles ils adressent des responsa aussi bien théologiques que philosophiques et historiques et servent de relais culturel entre elles et les sages d'Espagne.
De nombreuses figures de la cité ont marqué l'histoire de la pensée juive dans de nombreux domaines.
Parmi ceux-ci se trouve Isaac Israeli ben Salomon, médecin d'origine égyptienne qui s'installe en Ifriqiya vers 905 et exerce notamment comme médecin privé auprès de l'aghlabide Ziadet Allah III puis des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi et Al-Qaim bi-Amr Allah.
Il est l'auteur de divers traités en arabe portant sur les fièvres, les urines et les diètes générales et particulières.
Ses travaux, largement diffusés dans le monde arabe, mais aussi traduits en hébreu et en latin par Constantin l'Africain pour l'école de médecine de Salerne, ont fortement enrichit la médecine médiévale.
Il est aussi l'auteur d'ouvrages philosophiques, le Livre des Définitions ainsi que le Livre des Éléments, où il reprend les thèmes de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie adaptés au dogme juif, faisant de lui le père du néoplatonisme juif.
Son disciple, Dounash ibn Tamim, consacre à son tour un ouvrage de commentaires sur le Sefer Yetsirah où il développe des conceptions proches de la pensée de son maître.
Dans le domaine religieux, de nombreux rabbins kairouanais s'illustrent et diffusent largement leurs pensées, participant aux échanges d'idées dans l'ensemble de la diaspora juive.
Jacob ben Nissim ibn Shahin, à la tête de la communauté à la fin du Xe siècle, est le représentant officiel des académies talmudiques de Babylonie, exerçant les fonctions d'intermédiaire entre celles-ci et sa propre communauté.
Le savant Houshiel ben Elhanan arrivé d'Italie, qui avait ouvert une yechiva renommée à Kairouan, le remplace à sa mort comme chef de la communauté et développe l'étude simultanée du Talmud de Babylone et du Talmud de Jérusalem.
Son fils et disciple, Hananel ben Houshiel, qui se référait, comme lui, aux deux textes, lui succède et devient l'un des plus grands savants juifs du Moyen Âge. Il rédige un important commentaire hébreu du Talmud babylonien et contribue par ses nombreux écrits à répandre cet enseignement en Afrique du Nord et en Europe.
À sa mort, il est remplacé par un autre disciple de son père, Nissim ben Jacob, dont les principaux ouvrages sont une introduction au Talmud (Sefer mafteah manulei ha-Talmud) et un recueil de contes, Hibbur yafeh me ha-yeshuah, qui constitue peut-être le premier livre de contes de la littérature juive du Moyen Âge; il est le seul parmi les sages de Kairouan à porter le titre de gaon.
Shelomo Dov Goitein écrira à propos de cette période :
« À aucune époque, la science juive ne fut plus florissante à Kairouan et dans les autres villes de Tunisie qu'elle ne le fut dans la première moitié du XIe siècle. Pour aucune période nous ne connaissons un aussi grand nombre de responsa envoyées de Bagdad en Tunisie, et de si riches donations parties de Tunisie vers les yeshivot d'Irak et de Palestine que pendant les premières décennies de ce siècle. »
Sur le plan doctrinal, la communauté s'émancipe de l'exilarque de Bagdad au début du XIe siècle et se dote de son premier chef séculier.
Jacob ben Nissim ben Josias, fonda une Yéshiva réputée, au IX ème siècle.
A la fin du X éme siècle, un esclave Huchiel ben Elhanan devint l'autorité spirituelle du judaïsme en Afrique du Nord.
A coté de Isaac Israëli, une autre sommité médicale s'illustra à Kairouan : Issac ben Amram Hamoussalem.
Au XI ème siècle, Kairouan fut décrétée ville sainte de l'Islam, et fut interdite aux juifs qui la quittèrent sans jamais y retourner.

Conception : eDirect Tunisie
Réalisation du Comité de Coopération présidé par le Dr Robert BISMUTH
www.comitecoop.org