Quelques repères historiques

Les juifs de Tunisie ont constitué pendant des siècles l´une des plus anciennes communautés de la diaspora.
Certains auteurs situent leur installation à la destruction, en 586 av. J.-C. du Premier Temple par Nabuchodonosor, qui força les juifs à prendre le chemin de l´exil.
Après la conquête romaine en 146 av. J.-C., la population juive se fit plus nombreuse. À ceux déjà implantés dans le pays s´ajoutèrent ceux venus de Rome et ceux de Judée après la prise de Jérusalem par Titus en 70 ou de Cyrénaïque après l´écrasement de la révolte juive de 115-117. La population juive s´accrut encore par la conversion de tribus berbères.
La présence juive est évoquée par des auteurs comme Tertullien et saint Augustin: elle seretrouve dans les vestiges de la nécropole juive de Carthage et de la synagogue de Naro ou encore dans les commentaires des rabbins de Carthage, Rav Abba et Rav Hanina.
Lorsque le christianisme fut érigé en religion d´État les juifs subirent des mesures discriminatoires et ils furent exclus de toutes les fonctions publiques.
La période byzantine vit les synagogues transformées en églises, le culte juif proscrit et les juifs contraints de se convertir au christianisme.
Beaucoup quittèrent alors les grandes villes pour aller s´établir dans les régions montagneuses et aux confins du désert, au milieu des populations berbères, et firent parmi elles de nouvelles conversions au judaïsme.
La conquête arabe du VIIe siècle se heurta longtemps à la résistance farouche des tribus berbères judaïsées.(Légende de la Kahéna).
Les juifs bénéficièrent de conditions de vie clémentes sous les dynasties aghlabite, fatimide et ziride.
Ils vivaient dans la capitale, Kairouan - où des textes font mention d´une hara al-yehoud - mais aussi à Sousse, Mahdia et Gabès.
Vers le milieu du XIe siècle, l´Ifriqiya fut secouée par l´invasion hilalienne. Les Arabes hilaliens parvinrent en 1057 à s´emparer de Kairouan en forçant la plupart de ses habitants juifs et musulmans à se réfugier dans les villes côtières : Mahdia, Sousse et Tunis.
C´est alors, semble-t-il, que la communauté juive de Tunis qui, selon la tradition orale, s´était formée à l´époque du jurisconsulte Sidi Mahrez (c. 1022), s´épanouit à la faveur de la paix relative dont jouissait la ville tandis que le reste du pays était en proie à l´anarchie.
Vers le milieu du XIIe siècle, le souverain marocain Abd el-Moumen entreprend la conquête de tout le Maghreb et se rend maître du pays en 1160. Partout les juifs furent contraints de se convertir et tout en professant extérieurement l´islam, ils restèrent fidèles au judaïsme qu´ils continuèrent d´observer en secret.
Les Almohades imposèrent à tous les juifs du Maghreb un signe distinctif, la shikla, et des vêtements de forme et de couleur spéciales permettant de les reconnaître.
Aux XIIIe et XIVe siècles, sous la dynastie des Hafsides, Tunis devient la capitale. Juifs comme chrétiens sont soumis au statut traditionnel des dhimmis, faisant l'objet de discriminations vestimentaires, sans subir d´entraves à leurs activités professionnelles, pouvant même être appelés à exercer certaines charges officielles, telle celle de « grand douanier ». Ils pouvaient en toute liberté exercer leur culte bénéficiant d´une certaine autonomie dans l´administration du culte et des affaires sociales.
A la fin du XVe siècle, certains (peu nombreux) juifs chassés d´Espagne et du Portugal par les rois chrétiens vinrent y trouver refuge.
Au XVIe siècle avec l'occupation pendant 40 ans de Tunis par les Espagnols (1535) de nombreux juifs furent faits prisonniers et vendus comme esclaves.
Après la victoire des Turcs sur les Espagnols en 1574, la Tunisie devint une province de l´Empire ottoman et sous les deys et les beys les juifs jouèrent un grand rôle dans les échanges commerciaux avec l´étranger.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, les juifs faisaient encore l´objet de mesures discriminatoires : la chechia qui leur servait de coiffe devait être de couleur noire à la différence de celle des musulmans, rouge.
Les juifs italiens qui s´habillaient à l´européenne, portaient des chapeaux ronds comme les marchands chrétiens mais au début du XIXe un bey leur imposa le port d´une calotte blanche.
Les juifs étaient toujours astreints au paiement de la capitation. A la fin du XVIIIe Hammouda Bey alla jusqu´à leur dénier le droit d´acquérir et de posséder des propriétés immobilières.

Au cours du XVIIe siècle, de nombreux juifs d´origine espagnole ou portugaise établis à Livourne viennent s'installer enTunisie, donnant naissance à la communauté "Grana".
Le XVIIIe siècle correspond à l´essor des études talmudiques dans toutes les communautés de Tunisie.Les juifs de Tunis se rendront à Livourne pour faire imprimer les oeuvres manuscrites de leurs maîtres. Plus de cent ouvrages verront le jour du XVIIIe au XIXe siècle, à une cadence annuelle de deux à trois volumes.





Lorsque les imprimeries juives locales commencèrent à fonctionner, on imprima sur place des oeuvres traitant pour la plupart avec maîtrise et érudition, de commentaires talmudiques et de casuistique. De savants rabbins, tels Itszhak Lumbroso (mort en 1752), Messaoud El Fassi (mort en 1774) et Uziel el-Haïk (mort en 1810) ont attaché leur nom à des oeuvres qui furent imprimées à Livourne bien après leur mort.
En 1768 sera imprimé à Tunis le premier livre hébraïque, Zera Itshak du rabbin Itshak Lumbroso.
Au XIXe siècle Ahmed Bey (1837-1855) inaugure une politique de réformes, accordant en 1846 aux juifs de Toscane établis en Tunisie, le droit de conserver la qualité de Toscans sans limitation de temps.
Cette disposition encourage nombre de juifs de Livourne à venir s´installer en Tunisie où ils constituent, à la différence des Livournais arrivés au XVIIe siècle, une minorité étrangère placée sous la protection du consul de Toscane.
Le 10 septembre 1857, Mohamed Bey proclame le Pacte Fondamental, une déclaration de principes accordant de larges garanties à tous : nationaux et étrangers, qu´ils soient musulmans, juifs ou chrétiens.
Son successeur, Mohamed es-Sadok Bey y ajoute une constitution en date du 26 avril 1861 qui fit du pays une manière de monarchie parlementaire.
Ces textes novateurs mettent fin à toutes les mesures discriminatoires officielles dont les juifs pâtirent dans le passé, en leur reconnaissant les mêmes droits et les mêmes devoirs qu´aux musulmans.
En 1869 une Commission financière internationale assure le contrôle des finances très obérées du pays qui devient le théâtre de la lutte d´influence de la France, de l´Angleterre et de l´Italie.
Un certain nombre de juifs tunisiens qui entretenaient des relations commerciales avec les puissances européennes obtinrent leur protection.
L´école ouverte à Tunis par l´Alliance israélite universelle en 1878 permit aux familles juives de toutes les classes sociales d´y envoyer leurs enfants. Tout en faisant une place à l´histoire juive et à l´enseignement de l´hébreu, celle-ci dispensait les programmes des écoles françaises.
Dès lors s´amorça une évolution de la population juive qui devait s´amplifier sous le Protectorat français institué le 12 mai 1881 par le traité du Bardo.
Sous le protectorat français à la première école de l´Alliance israélite se rajoutèrent de nouvelles à Tunis, Sousse et Sfax.
La jeunesse juive fut aussi de plus en plus nombreuse à fréquenter les écoles publiques ouvertes dans les villes de Tunisie.
Les familles juives aisées abandonnèrent la hara pour s´installer dans les nouveaux quartiers dits « européens ».
Des imprimeries juives furent créées qui permirent l´impression (aussi en judéo-arabe) de livres de prière et de traités talmudiques composés par des rabbins tunisiens.Une littérature populaire en judéo-arabe (rédigée en caractères hébraïques) se développa jusqu'en 1960.
La communauté de Tunis est réorganisée par un décret du 13 mars 1947.
Des oeuvres sociales telles l´OSE, le JOINT et de nombreux autres organismes locaux permettent de combattre la pauvreté d'une partie importante de cette communauté.
Habib Bourguiba, dès l'indépendance en 1956, s´attache à intégrer les juifs dans la nation tunisienne.
Le premier gouvernement tunisien compte un ministre juif.
Onze magistrats juifs sont nommés qui occupent, pour la première fois, de hautes fonctions judiciaires.
Malheureusement la guerre au Moyen Orient provoque en 1967 la mise à sac de boutiques juives et l´incendie de la grande synagogue de Tunis, faits graves très mal vécus par la communauté juive.
Et puis en 1971 l´assassinat d´un rabbin en plein coeur de la capitale provoque un véritable exode.

Quelques grandes dates récentes du judaïsme tunisien : - 1857, domination de la France sur le Bey et la Tunisie. pacte fondamental qui établit l'égalité de tous les Tunisiens devant la loi. - 1861 mise en vigueur d'une Constitution. - 1878, première école de l'Alliance israélite universelle à Tunis. - 1881, le 12 mai, traité du Bardo qui institue le protectorat de la République française sur la Tunisie. - 1921, création du Comité de la Communauté à Tunis. - 1942: le 8 novembre, les Allemands occupent la Tunisie. - 1942, arrestation des juifs pour le travail forcé, l'internement et la déportation. - 1943, 7 mai au soir, les alliés libèrent Tunis. - 1949, 20 novembre, Les enfants d'Oslo - 27 enfants allant à Oslo en sanatorium périssent dans une catastrophe aérienne. - 1955, dernières élections au Comité de la Communauté à Tunis. - 1956, 20 mars, Indépendance de la Tunisie. - 1957, 27 septembre, dissolution du Tribunal rabbinique. - 1958, 11 juillet, dissolution du Comité de la communauté à Tunis. - 1967, 5 juin, Emeutes à Tunis à l'occasion de la Guerre des six jours et incendie de la Grande Synagogue. - 1971, mort du rabbin Matslia'h MAZOUZ (1912-1971). Originaire de Djerba. Rabbin et juge au Tribunal rabbinique de Tunis puis au tribunal civil de Tunis, il fonda une yéchivah. Assassiné à la sortie de la synagogue par un fanatique.



Sidi Mahrez - introduction à La Hara de Tunis

La légende raconte qu’au 10ème siècle, les Juifs, astreints à demeurer en dehors des murs de Tunis, sollicitèrent le très influent, Sidi Mahrez, pour qu’il intercède auprès du souverain. « Combien êtes-vous ? » demanda l’homme de loi. Pour ne pas l’effrayer ils dirent : « Hara », soit un quarteron. Sidi Mahrez lança alors son bâton en déclarant : « Où mon bâton tombera, votre « Hara » s’installera ».
Ainsi, dit la légende, naquit le quartier juif de Tunis, la « Hara » appelé aussi "Sidi Mahrez".

Ce vieux quartier au cœur de la médina, inséré depuis dans la vie de la cité comptait encore en 1956, 67°/o de juifs. Il s’agissait d’une population pauvre vivant dans des conditions souvent précaires (marchands ambulants, colporteurs, ouvriers, manutentionnaires, tailleurs, portefaix….


Sidi Mahrez est le fils de Khalef, tunisien d’origine arabe qui remonte à Ali Ibn Abi Taleb; sa mère était d’origine berbère de noble souche.
Ils étaient installés à l’Ariana depuis longtemps, ou vers 949, Mahrez vint au monde. Il y a grandi, étudié, travaillé jusqu'après son mariage.
Durant son enfance et son adolescence, il a étudié auprès de personnalités pieuses, de savants et de jurisconsultes et ainsi il a acquis un vaste savoir qui, conjugué à sa piété et à ses penchants mystiques, lui a très tôt conféré une aura de sagesse et de grande humanité.

A 57 ans, il quitte l’Ariana pour Carthage qu’il célébrera dans un long poème.
Et c’est seulement vers l’an 1014 que Mahrez vient s’installer à Tunis, dans le quartier de Bab Souika, dans la maison qui, plus tard deviendra un mausolée.




Mahrez Ibn Khalef arrive dans une cité livrée à l’incertitude et aux angoisses d’une période de fin de règne des Fatimides chiites et de grands troubles.
Il est accueilli comme un gage de stabilité et de prospérité retrouvées.

Il commencera son engagement «militant» en participant à la construction de remparts autour de Tunis et développera dans cette ville des activités sociales, religieuses et surtout politiques pour combattre l’«hérésie» chiite.
Par ailleurs, il pourvoit la cité en nouveaux souks, qui sont affranchis de tout impôt non coranique, et encourage l'artisanat.Et, sans relâche, il poursuivra sa quête de vérité dans des retraites (Khélouas) disséminées en ville, à Bab Jédid, à El Morkadh, à Ettaoufik, à la rue des Andalous ou à la Grande Mosquée.

Sous sa conduite, Tunis retrouvera paix, cohésion entre les communautés et prospérité. Il prend les juifs sous sa protection:la tradition veut qu'il leur ait assigné un quartier spécial — la Hara — à proximité de sa demeure, ce qui lui confère une inviolabilité que nul n'aurait osé transgresser, alors qu'ils étaient auparavant exclus de la cité dès la fermeture des portes et contraints d'aller passer la nuit dans les environs de Mellassine.

En signe de reconnaissance, les habitants de la ville lui ont décerné le titre de Soltane el Médina, autorité juridique et morale suprême qui s’est exercée jusqu’à sa mort à l’âge de 73 ans, en 1022, et ils feront de lui, après sa mort, le saint patron de Tunis.

Le mausolée érigé à l'emplacement de sa maison reste sanctifié par la population. Il est surmonté d'une construction monumentale à la fin du XVIIIe siècle mais c'est sous le règne de Sadok Bey que le monument acquiert sa physionomie actuelle.





Histoire des juifs Kairouan, judaisme médiéval

KAIROUAN, centre juif important du IX au XIe siècle.

Kairouan, ville fondée en 670 et devenue capitale des Aghlabides, voit immédiatement s'installer ce qui était sans doute la plus importante communauté du territoire, attirant des migrants de l'Espagne omeyyade, de l'Italie ou de l'empire abbasside. Au plan organisationnel, chaque communauté est placée sous l'autorité d'un conseil de notables dirigé par un chef (nagid), dont celui de Kairouan avait sans doute l'ascendant sur ceux des communautés de plus petite taille, et dispose par le biais des fidèles des ressources nécessaires à la bonne marche des diverses institutions : culte, écoles, tribunal dirigé par le rabbin-juge (dayyan), etc...

Les Juifs font de Kairouan, qui connaît une vive activité intellectuelle en matière d'études religieuses entre les IXe et XIe siècles, le centre juif le plus prospère d'Afrique du Nord sur les plans économiques et culturels Correspondants avec les communautés du pourtour méditerranéen, ils entretiennent des rapports privilégiés avec les académies talmudiques en Babylonie auxquelles ils adressent des responsa aussi bien théologiques que philosophiques et historiques et servent de relais culturel entre elles et les sages d'Espagne.

De nombreuses figures de la cité ont marqué l'histoire de la pensée juive dans de nombreux domaines.
Parmi ceux-ci se trouve Isaac Israeli ben Salomon, médecin d'origine égyptienne qui s'installe en Ifriqiya vers 905 et exerce notamment comme médecin privé auprès de l'aghlabide Ziadet Allah III puis des fatimides Ubayd Allah al-Mahdi et Al-Qaim bi-Amr Allah.
Il est l'auteur de divers traités en arabe portant sur les fièvres, les urines et les diètes générales et particulières.
Ses travaux, largement diffusés dans le monde arabe, mais aussi traduits en hébreu et en latin par Constantin l'Africain pour l'école de médecine de Salerne, ont fortement enrichit la médecine médiévale.
Il est aussi l'auteur d'ouvrages philosophiques, le Livre des Définitions ainsi que le Livre des Éléments, où il reprend les thèmes de l'école néoplatonicienne d'Alexandrie adaptés au dogme juif, faisant de lui le père du néoplatonisme juif.

Son disciple, Dounash ibn Tamim, consacre à son tour un ouvrage de commentaires sur le Sefer Yetsirah où il développe des conceptions proches de la pensée de son maître.

Dans le domaine religieux, de nombreux rabbins kairouanais s'illustrent et diffusent largement leurs pensées, participant aux échanges d'idées dans l'ensemble de la diaspora juive.





Jacob ben Nissim ibn Shahin, à la tête de la communauté à la fin du Xe siècle, est le représentant officiel des académies talmudiques de Babylonie, exerçant les fonctions d'intermédiaire entre celles-ci et sa propre communauté.

Le savant Houshiel ben Elhanan arrivé d'Italie, qui avait ouvert une yechiva renommée à Kairouan, le remplace à sa mort comme chef de la communauté et développe l'étude simultanée du Talmud de Babylone et du Talmud de Jérusalem.

Son fils et disciple, Hananel ben Houshiel, qui se référait, comme lui, aux deux textes, lui succède et devient l'un des plus grands savants juifs du Moyen Âge. Il rédige un important commentaire hébreu du Talmud babylonien et contribue par ses nombreux écrits à répandre cet enseignement en Afrique du Nord et en Europe.
À sa mort, il est remplacé par un autre disciple de son père, Nissim ben Jacob, dont les principaux ouvrages sont une introduction au Talmud (Sefer mafteah manulei ha-Talmud) et un recueil de contes, Hibbur yafeh me ha-yeshuah, qui constitue peut-être le premier livre de contes de la littérature juive du Moyen Âge; il est le seul parmi les sages de Kairouan à porter le titre de gaon.

Shelomo Dov Goitein écrira à propos de cette période :
« À aucune époque, la science juive ne fut plus florissante à Kairouan et dans les autres villes de Tunisie qu'elle ne le fut dans la première moitié du XIe siècle. Pour aucune période nous ne connaissons un aussi grand nombre de responsa envoyées de Bagdad en Tunisie, et de si riches donations parties de Tunisie vers les yeshivot d'Irak et de Palestine que pendant les premières décennies de ce siècle. »
Sur le plan doctrinal, la communauté s'émancipe de l'exilarque de Bagdad au début du XIe siècle et se dote de son premier chef séculier.

Jacob ben Nissim ben Josias, fonda une Yéshiva réputée, au IX ème siècle.
A la fin du X éme siècle, un esclave Huchiel ben Elhanan devint l'autorité spirituelle du judaïsme en Afrique du Nord.
A coté de Isaac Israëli, une autre sommité médicale s'illustra à Kairouan : Issac ben Amram Hamoussalem.
Au XI ème siècle, Kairouan fut décrétée ville sainte de l'Islam, et fut interdite aux juifs qui la quittèrent sans jamais y retourner.






les juifs de djerba

Selon la tradition, on fait remonter l'installation de Juifs à Djerba à l'époque de la destruction du Temple de Salomon . Un groupe de prêtres , les kohanims fuient Jérusalem et arrivent à Djerba, portant avec eux une des portes du temple ('Delet ' en hébreu) Ces réfugiés fondent lle village de Hara Sghira connu sous le nom de " Dighet " (586 av.J.-C.)





Vichy en Tunisie

Les Juifs tunisiens subissent les mêmes lois antijuives que celles appliquées à leurs frères de l'Hexagone (interdiction pour les médecins juifs de traiter des patients non juifs, dissolution des institutions juives, etc.).
En octobre 1940, après la défaite française, lorsque le maréchal Pétain édicte les premières mesures discriminatoires, il n'oublie pas, dans l'article 9 du décret, de les étendre à tout protectorat français, et donc à la Tunisie.
Les lois s'appliquent "à tout israélite tunisien comme à toute personne non tunisienne issue de trois grands-parents de race juive ou à deux grands-parents de même race si le conjoint est lui-même juif", explique l'article 2 du document. En juin et novembre 1941, puis en mars 1942, de nouvelles lois antisémites s'ajoutent par décret aux précédentes, avec le but d'"éliminer l'influence juive sur l'économie" de tous les secteurs d'activité. Les autorités françaises procèdent à un recensement des Juifs et de leurs biens qui seront saisis par la suite, et soumet la communauté juive à des amendes pécuniaires très élevées. Les Juifs de Tunisie sont alors recensés, leurs biens et leurs entreprises saisis.

Six mois de terreur à Tunis

Peu de temps après leur arrivée, les nazis établissent un climat de terreur en Tunisie, en procédant à l'arrestation de 100 Juifs dans la Grande synagogue de Tunis et aux abords de l'école de l'Alliance israélite universelle. Des otages qui seront fusillés si la population juive ne répondait pas aux exigences allemandes. Puis on assiste à de nouvelles rafles fréquentes et qui concernent l'ensemble de la population juive. En avril 1943, les nazis ont organisé par voie aérienne la déportation de Juifs de Tunisie vers des camps de concentration en Europe.
Dix-sept personnes n'en sont jamais revenues. Parmi elles l'idole de la jeunesse tunisienne, Young Pérès, champion du monde de boxe en catégorie poids mouche. ( photo plaque souvenir Young Perez)





Les conséquences de l'ignorance de la Shoah

De novembre 1942 à avril 1943, la Tunisie, alors sous protectorat français, est occupée par l'Allemagne nazie. Pendant cette période, les Juifs tunisiens sont persécutés par l'envahisseur, avec la complicité des autorités françaises du régime de Vichy. Les membres de la communauté juive de Tunisie, déjà discriminés et humiliés par les lois antisémites du gouvernement Pétain depuis 1940, sont alors raflés, triés puis forcés au travail dans des camps situés loin du reste de la population à El Aouina, au Belvédère - ou plus au nord, au port de Bizerte ou à Mateur (STO : Service de travail obligatoire).
Il faut savoir qu'une forte censure de la presse a été mise en place dès novembre 1942, date qui correspond à l'arrivée dans ce protectorat français du représentant du maréchal Pétain, Georges Guilbaud.
Tous les journaux sont interdits, pour ne publier plus qu'un seul quotidien en français « Tunis Journal » qui n'a qu'un objectif : faire la propagande du succès tant politique que militaire des forces du IIIe Reich.

Autre élément - et non des moindres - qui permet d'expliquer la carence d'ouvrages sur la Shoah et les Juifs de Tunisie dans l'historiographie réside dans la propre ignorance de ces derniers du sort de leurs coreligionnaires européens. En effet, quand en 1945 la communauté juive de Tunisie prend conscience du génocide des Juifs d'Europe et de la Solution finale, elle a le réflexe de taire ses propres souffrances devant l'étendue de l'horreur qui s'est déroulée en Europe de l'Est car elle estime, en comparaison, avoir été préservée.

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