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Albert Samama Chikly 1872 - 1933


Albert Samama par Férid Boughedir

Albert Samama, dit Samama Chikly, fut le premier cinéaste tunisien.
Certains disent que ce surnom lui vient d'une joyeuse confrérie qui s'appelait Les Pompiers de l'Ile de Chikly, cette petite île située sur le lac de Tunis où Albert Samama organisait des fêtes.
Ce personnage extraordinaire était d'une curiosité telle qu'il a été le premier à introduire une multitude de nouveautés en Tunisie, dont d'ailleurs, le cinéma. Avant d'amener le cinéma, il a été le premier à introduire la bicyclette, le télégraphique sans fil, le premier appareil à rayons X dans un hôpital de Tunis ...
Comme il était passionné de photographie, il s'est tourné tout naturellement vers le cinéma, en 1895, lorsque le cinéma a été inventé.

Deux ans après, Albert Samama Chikly organisait des projections de films en Tunisie.
Non content de filmer sur terre, cet inventeur curieux et touche-à-tout, a effectué la première prise de vue en ballon entre Hammam-lif et Grombalia puis les premières prises de vue sous-marines. Il filme ensuite le tremblement de terre de Messine, une pêche au thon pour le Prince de Monaco, et pendant la Guerre 14-18, les tranchés de Verdun.

Après toutes ces réalisations expérimentales, il décide de faire son premier court métrage. C'était en 1922. Il tourne Zohra, l'histoire d'une jeune fille française qui tombe d'un avion et qui est recueillie par une tribu bédouine tunisienne. Le film décrit la vie de cette tribu dans tous ses détails. Il en avait confié le rôle principal à sa fille Haydée (elle vit toujours en Tunisie, plus précisément à la rue de Marseille à Tunis). Je donnerai cher pour retrouver ces films que je cherche depuis longtemps. Un grand réalisateur de Hollywood, Rex Ingram, auteur notamment de Ben Hur, avait demandé à Haydée Chikly de jouer dans un de ses films. Son père s'y était opposé et c'est ainsi qu'au lieu de laisser sa fille aller à Hollywood, Samama Chikly a décidé de ramener Hollywood jusqu'à sa fille. Il réalise donc Aïn el Ghazal ou La Fille de Carthage, premier long métrage de Tunisie réalisé par un Tunisien.

Après ce long métrage de Samama Chikly, de nombreux films coloniaux sont tournés en Tunisie et on n'entend plus parler de celui qui fut le père du cinéma tunisien. Sur la tombe de Samama Chikly, on peut lire cet épitaphe: "Inlassable dans la curiosité, téméraire dans le courage, audacieux dans l'entreprise, obstiné dans l'épreuve, résigné dans le malheur, il laisse des amis".

Extrait de Confluences Méditerranée N°10 Printemps 1994

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